Dystopie Urbaine
A partir de 2007, je commence à développer un travail personnel de peinture, animé par la nécessité de relier mes influences artistiques à leur dimension sociale et politique. Cette recherche s’articule autour d’une question centrale : qu’y a-t-il derrière l’image du monstre, ces figures qui peuplent l’imaginaire collectif du cinéma horrifique ? À quoi ces représentations renvoient-elles réellement dans nos sociétés contemporaines ?
Les zombies deviennent alors des figures métaphoriques. Ils incarnent des formes altérées ou détruites par un système : la violence sociale, la brutalité policière et les dommages corporels. Ces figures peintes, disloquées ou en décomposition. Ce travail est directement nourri par mon parcours de maquilleur en effets spéciaux. La fabrication de fausses plaies et le travail réaliste de la chair ont construit un rapport précis à la peau.
La référence visuelle puise autant dans les films de morts-vivants que dans la photographie de rue, avec son rapport frontal à la présence humaine et à l’espace urbain, ainsi que dans l’histoire : les « gueules cassées » de la Première Guerre mondiale.
De cette réflexion émerge une première série : Dystopie Urbaine (2007-2013). Elle pose les fondements d’un travail qui relie la peinture murale réalisée dans des lieux abandonnés (urbex painting), le support de la toile et des expérimentations sur d’autres médiums.
English
in 2007, I began developing a personal body of painting driven by the need to connect my artistic influences to their social and political dimensions. This research is structured around a central question: what lies behind the image of the monster, these figures that populate the collective imagination of horror cinema? What do these representations truly refer to within our contemporary societies?
Zombies, the living dead, and mutants then become metaphorical figures. They embody altered or destroyed forms produced by a system: social violence, police brutality, and physical damage. These painted figures, dislocated or in a state of decomposition. This work is directly informed by my background as a special effects makeup artist. The creation of fake wounds and the realistic treatment of flesh have shaped a precise relationship to skin.
The visual references draw equally from zombie and living-dead films, street photography with its direct engagement with human presence and urban space, and from history: the “gueules cassées” of the First World War.
From this reflection emerged a first series: Urban Dystopia (2007–2013). It laid the foundations of a practice that connects mural painting in abandoned spaces (urbex painting), the canvas as a support, and experiments across other mediums.
Travaux complémentaires en écho à la série Dystopie Urbaine.
Pochette d'album L' acide dans les idée du groupe Scoop & Jkeuz, 2014.
Conception visuelle du disque et réalisation du maquillage. Photographie par Jean-Philippe Ehrmann
Comme l'évoquait le journaliste Sear de Get Busy: "Le rap est une musique de droite chanté par des gens qui pensent être de gauche", la direction artistique de la pochette voulait présenter le groupe comme outsider d'un rap français puritain et conservateur. Présentés comme des parias, Scoop le producteur, la tête dissimulée par un sac en toile de jute faisant référence au film Elephant Man de David Lynch dont il faudrait cacher la monstruosité physique et JKeuz le MC au visage brûlé à l'acide rappelant les attaques commises par les hommes sur les femmes.
Photographies (pellicule - 35mm)
Réalisées lors des manifestations des Gilets jaunes à Paris en 2018 et 2019 ces photos argentiques viennent se compléter presque 10 ans plus tard à la série de peinture Dystopie Urbaine.
Références / bibliographie
Politique des zombies, l'Amérique selon George R. Romero, 2007
Les Gueules cassées, 2009
Le jour des morts-vivants de George A.Romero, 1985
Parias urbains, 2006